Histoire du Parc Bellevue



- 1958-1961 : Bellevue, du progrès en barres

Dans les années 50-60, la France connaît un accroissement de la politique des grands ensembles. Considérés comme la nouvelle voie de l’urbanisation, les HLM attirent un grand nombre de citoyens de toutes les classes, de toutes les orientations politiques et de toutes les cultures. Ils sont le symbole de l’habitat de demain, la solution au baby-boom et la figure de proue de la recherche d’une nouvelle humanité, d’un village dans la ville.

Construit entre 1958 et 1961 se dresse dans le quartier de Saint-Mauront (IIIème arrondissement), un ensemble d’habitat collectif (cf. plans). Sur le papier, c’est le “must” du confort avec notamment “belle vue”, salle de bain individuelle, nombreux ascenseurs, vide ordures, commerces, services,... Et c’est pour tout cela que de nombreux copropriétaires signent leur engagement sur plan. Et ils ne sont pas déçus.

Le Parc va également accueillir à partir de 1962, de retour d’Algérie, les “Pieds-Noirs” dont beaucoup avaient anticipé la déclaration d’indépendance et réservé leur appartement “à distance”. La copropriété devient, dès lors, le point de ralliement des arrivés d’ailleurs.

- 1962-1972 : le rêve marseillais

Nous sommes dans “les Trente Glorieuses”. La notoriété du Parc Bellevue dépasse les frontières et les nombreux immigrés, en provenance surtout des pays du Maghreb, répondent à l’appel de main d’oeuvre. Ils viennent s’installer dans le Parc Bellevue, dans une ville marseillaise proche de leur pays d’origine et de leurs racines.

Pendant toutes les années 60 jusqu’au début des années 70, le pont entre l’Afrique du nord et le Sud de la France a un pied à Marseille. Petit à petit, les familles se reconstituent et femmes et enfants viennent rejoindre le père, le mari, le fils. Elles répondent ainsi à leur besoin de travail et de logement confortable dans un pays où le pouvoir d’achat est plus élevé.

C’est à cette période que la communauté tunisienne présente dans l’enceinte du Parc devient de plus en plus importante. On en surnomme la copropriété “Cité Bourguiba”. Peu à peu, les tunisiens prennent la place des tout premiers locataires et s’installent dans une cité où ils retrouvent des racines et “une communauté” dans la ville.

- 1973 - fin des années 80 : crise économique et croisements démographiques.

Les deux chocs pétroliers sonnent le glas d’une période de croissance historique en France et installent la crise économique dans tous les secteurs d’activité. La récession frappe “logiquement” les derniers arrivés. Et ceux-ci sont principalement des résidants du Parc Bellevue.

Un cercle vicieux s’engage alors. Pas d’emploi, pas de ressources, pas de moyens pour régler les loyers pourtant en baisse. Confrontés à des locataires qui ne peuvent plus verser régulièrement le montant du loyer, les propriétaires se désengagent progressivement et “laissent le soin” à des locataires sans revenu de maintenir en état leur logement. Le délabrement de la cité commence et un climat de tension s’installe face à une précarité grandissante.

Les propriétaires résidant quittent un à un la cité et laissent leur appartement à des immigrés
qui continuent à affluer malgré la crise de l’emploi.

- Années 90 : vagues d’immigrés et marchands de sommeil

Le rêve s’est transformé en “cauchemar” pour les habitants. Les propriétaires ont opté pour le non-paiement des charges et le délabrement, la dégradation du parc s’amplifient. Les industries et le tissu économique se désagrègent et ne permettent plus d’insuffler de la richesse au quartier. L’abandon est d’envergure, d’autant que l’imbroglio juridique ne permet pas aux pouvoirs publics, à la municipalité de pallier le désengagement des propriétaires.

Pourtant, la France reste le symbole d’une terre d’accueil pour tous les peuples. Ainsi, des vagues successives d’immigrants continuent-elles de “s’échouer” à leur tour dans la cité. Les derniers arrivés se retrouvent, eux-aussi, confrontés aux marchands de sommeil qui leur proposent des appartements à 2500 F qu’ils ont souvent acquis entre 5000 et 15000 F. Une bonne affaire puisque même en cas de non-paiement des loyers, les allocations logement et “l’absence” de charges à payer permettent aux propriétaires d’amortir l’investissement en quelques mois.

Et ce ne sont pas les candidats au logement qui manquent, puisque Comoriens, Bosniaques, Kurdes, Albanais, viennent grossir les rangs des clients de marchands de sommeil sans scrupule.

Le délabrement s’accélère : les salles de bain souffrent de l’humidité et de fuites, les ascenseurs sont hors-service, les vides ordures sont inutilisables et les ordures ménagères s’amoncellent au bas des immeubles, les boîtes aux lettres sont complètement enfoncées, les canalisations s’obstruent, l’éclairage est à l’agonie et les entrées sont repoussantes, ... La dégradation est totale. Les tensions s’accroissent et le sentiment d’abandon, de laissés pour compte des habitants atteint un seuil critique.

Malheureusement, ce n’est pas l’échec de la tentative de réhabilitation lancée dans les années
1993-1994 qui redonne espoir aux habitants.